États généraux de la culture : entre promesses et lassitudes

Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye, le secteur de la culture a vu se succéder trois ministres en moins de deux ans. Khady Diène Gaye, puis Amadou Ba, et aujourd’hui Alpha Thiam à la tête d’un département rebaptisé « Culture, Artisanat et Tourisme ». Chaque nomination a été présentée comme un nouveau départ. Mais les acteurs du secteur commencent à se poser une question simple : combien de départs avant une vraie trajectoire ?

Un pré-rapport en cours de finalisation

À la Résidence Mamoune, un atelier de trois jours a été ouvert pour élaborer le pré-rapport des États généraux de la culture, de l’artisanat et du tourisme (ÉGCAT 2026). Présidée par Babacar Ba, secrétaire général du ministère, cette rencontre réunit acteurs publics et privés, experts, collectivités et partenaires, répartis en sept commissions thématiques.

Les travaux s’appuient sur trois bases : les consultations menées dans les quatorze régions du Sénégal, les recommandations issues des Comités régionaux de développement (CRD) et des études sectorielles approfondies. L’objectif affiché est de consolider un pré-rapport qui ouvrira la voie à des orientations stratégiques pour les trois secteurs.

Sur le papier, la démarche paraît solide. Mais dans les couloirs des théâtres, des studios et des ateliers, les questions fusent : ce travail débouchera-t-il sur des textes, des budgets et des calendriers concrets ? Ou restera-t-il un exercice de plus, bien documenté mais peu suivi d’effets ?

Des consultations « pour dire qu’on a consulté » ?

Dans certains milieux culturels, les États généraux sont accueillis avec une forme de lassitude. Pour plusieurs acteurs, ces assises ressemblent davantage à des consultations sommaires qu’à un vrai processus de co-construction des politiques publiques.

La critique est récurrente : on a réuni beaucoup de monde, dans beaucoup de villes, pour produire un document de plus. Mais la méthode reste floue. Qui décide, in fine, des priorités retenues ? Comment les recommandations seront-elles traduites en textes, en budgets, en calendriers ? Et surtout, quelle part aura la société civile culturelle dans le suivi concret ?

Certains y voient un exercice de communication : montrer que « tous les acteurs ont été consultés », sans pour autant s’engager sur des arbitrages difficiles. D’autres espèrent encore que ce pré-rapport deviendra le socle d’une politique culturelle rénovée, moins centrée sur Dakar et plus attentive aux réalités des territoires.

Du Président aux ministres : quelle ligne ?

Dès le début du mandat, le Président Bassirou Diomaye Faye a placé la culture au cœur de l’Agenda national de transformation, présenté comme le cadre de référence des politiques publiques. Les deux premières années ont vu émerger de nouvelles orientations visant à valoriser le potentiel culturel et artisanal du pays.

La première ministre du nouveau pouvoir, Khady Diène Gaye, avait hérité d’un département alors couplé au sport et à la jeunesse. Elle a porté des réformes attendues, comme la rémunération pour copie privée ou la révision de la loi sur le droit d’auteur. Son mandat s’est exercé avec l’appui d’un secrétaire d’État chargé de la culture.

Son successeur, Amadou Ba, nommé en septembre 2025, a insisté sur la valorisation du potentiel culturel et artisanal du pays, dans la ligne de l’Agenda national de transformation. Il a lui aussi disposé d’un secrétaire d’État, et a travaillé avec un ministre auprès du ministre sur des dossiers clés du secteur.

Moins d’un an plus tard, en juin 2026, Alpha Thiam, jusque-là directeur général de l’ADEPME, prend la tête du ministère. Avec lui, un ministre auprès du ministre, Mame Coumba Diop, est nommé pour accompagner la mise en œuvre des priorités du département. Le nouveau ministre affiche un discours axé sur la rigueur, la professionnalisation et la « destination Sénégal ».

Ces changements rapides, et cette architecture ministérielle qui évolue à chaque fois (ministre, secrétaire d’État, ministre auprès du ministre), brouillent la lisibilité des politiques publiques. Les artistes, les artisans et les entrepreneurs culturels se demandent quelle ligne sera réellement suivie sur trois, cinq ou dix ans, et quelle part aura la vision du Président Bassirou Diomaye Faye dans les arbitrages concrets.

Un ministre qui salue des « propositions courageuses »

Alpha Thiam a salué des « propositions courageuses » issues des États généraux et a appelé à rompre avec le « pilotage à vue ». Mais les professionnels attendent plus que des formules. Ils veulent des calendriers, des budgets, des responsabilités claires.

Les États généraux ont produit un diagnostic et des propositions. La prochaine étape devra donner des actes à cette ambition. Sinon, le risque est connu : une nouvelle séquence de concertations, suivie d’une nouvelle usure, et d’un peu plus de défiance.

Combien de réformes annoncées avant une vraie transformation du quotidien des créateurs ?

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