Mardi 8 septembre 2026, l’Assemblée nationale a servi de théâtre à une scène peu ordinaire. Devant les députés, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a posé un diagnostic brut : « Nous nous appauvrissons. » Entre redressement économique, accord avec le FMI et test de crédibilité, cette Déclaration de politique générale pourrait marquer un tournant – ou un rendez-vous manqué.
Un aveu rare dans le jeu politique
Ce matin-là, les couloirs de l’Assemblée bruissent de conversations feutrées. Nommé Premier ministre le 25 mai, à la tête d’un gouvernement formé le 1er juin 2026, Lô hérite d’une situation complexe. La majorité parlementaire est dominée par le Pastef d’Ousmane Sonko, qui avait boycotté la formation du nouvel exécutif. Dans la rue, les colères contre la vie chère grondent.
Quand le Premier ministre prend la parole, ce n’est donc pas seulement un texte qu’il lit. C’est une ligne de conduite qu’il dessine, sous le regard croisé de sa majorité, de l’opposition et de l’opinion.
« Nous nous appauvrissons », lance-t-il devant les députés. La phrase fait l’effet d’une claque. Derrière cet aveu, il y a des chiffres : une croissance hors hydrocarbures limitée à 2,2% en 2025, dans un pays où la pression démographique reste forte. Il y a aussi des budgets tendus et cette sensation, partagée par de nombreux ménages, que le niveau de vie recule.
En reconnaissant cette réalité, le gouvernement fait un pari : celui d’une conversation honnête avec les Sénégalais. Reste à savoir si cette lucidité sera perçue comme une force ou comme un aveu de faiblesse.
Une feuille de route en quatre actes
Après le diagnostic vient la prescription. La DPG se déploie comme une feuille de route en plusieurs actes.
Premier acte : le redressement des finances publiques. Gestion plus rigoureuse des dépenses, rationalisation des investissements, chasse aux gaspillages. L’objectif : retrouver des marges de manœuvre pour financer les priorités de l’État sans alourdir démesurément la dette.
Deuxième acte : la protection sociale. Face à la vie chère, le gouvernement réaffirme son engagement à renforcer les filets sociaux. Les Bourses de sécurité familiale devraient voir leurs enveloppes doublées à terme, pour atteindre 140 milliards de FCFA.
Troisième acte : l’emploi et la jeunesse. Insertion professionnelle, appui à l’entrepreneuriat, réforme de la formation professionnelle : le discours insiste sur l’urgence de créer des opportunités pour une jeunesse nombreuse et souvent désœuvrée.
Quatrième acte : les infrastructures et les services de base. Santé, éducation, énergie, transports : le gouvernement promet d’accélérer les projets structurants, ceux qui changent concrètement le quotidien des populations.
Fil rouge : la « continuité » des orientations du président Bassirou Diomaye Faye, avec une méthode revendiquée plus rigoureuse.
L’ombre du FMI et le test politique
En toile de fond, un accord récent avec le Fonds monétaire international : environ 2,2 milliards de dollars (1 245 milliards de FCFA) sur trois ans. Officiellement, cet appui doit financer des réformes structurelles et soutenir les politiques sociales. Dans les faits, il s’accompagne de conditions : discipline budgétaire, rationalisation des dépenses.
Le Premier ministre ne cache pas la nécessité de « redresser » les finances publiques. Pour une partie de la classe politique et de la société civile, la question est déjà posée : qui paiera le prix de ce redressement ?
Dans l’hémicycle, les visages sont fermés. Du côté de la majorité, on mesure l’enjeu : soutenir ce gouvernement, c’est aussi assumer ses choix devant l’opinion. Dans les rangs de l’opposition, la critique s’organise, autour de la dette et de l’usage des financements extérieurs.
Dehors, dans les quartiers de Dakar et dans les régions, l’attente est plus simple : est-ce que cela va améliorer la vie quotidienne ? Est-ce que les promesses se traduiront en emplois, en écoles, en centres de santé, en baisse des prix ?
À court terme, la DPG devrait permettre de maintenir ou de renforcer certains programmes sociaux et de financer des investissements prioritaires. Mais la vraie question est ailleurs. Dans les mois qui viennent, chaque mesure concrète sera passée au crible. Si les annonces se traduisent par des résultats visibles, cette DPG pourra être présentée comme le socle d’un nouveau pacte social. Sinon, le risque de désillusion et de tensions accrues est réel.